Les Archives de Salt Spring
129 McPhillips Avenue • Salt Spring Island, British Columbia. • V8K 2T6• Canada

Bref historique de l'île Salt Spring


photo Gail Neumann

C'est une île dont la beauté - les baies et criques pittoresques, les coups d'oeil imprenables sur une mer le plus souvent calme, le relief montagneux accidenté et les vallées riches, fertiles, les plages fréquentées par la faune et parsemées de bois refoulé par la mer, les arbousiers géants et les chênes de Garry splendides au profil tortueux, les pâturages fleuris au printemps - attire depuis toujours des résidents intéressants, des individus singuliers, des artistes : un mélange hétéroclite d'individualistes dont les opinions, les croyances, touchent à tous les domaines de l'idée. Ici, quand on avance un point de vue quelconque, on peut s'attendre à un débat animé.

L'île est un microcosme de l'histoire de la Colombie Britannique couvrant une longue période d'occupation aborigène suivie de l'arrivée d'une société de colons de l'arrière pays, de bûcherons, de pêcheurs, de fermiers, voire même de mineurs. Elle fait partie du territoire d'origine des Premières Nations Saanich, Cowichan, et Chemainus First Nations, dont la présence et les vestiges remontent à plus de 5000 ans, dont les villages ont subi des changements, mais dont les principaux sont HwnJ'nuts (Fulford Harbour), Shiyahwt (Ganges), StsBth (Long Harbour), et Puqdnup (Hudson Point). Suite à l'épidémie dévastatrice des années 1789 et des guerres contre les tribus du nord, les populations sédentaires se déplacent vers l'île de Vancouver, les îles de Kuper et Valdes, d'où certaines familles continuent malgré tout de fréquenter et d'exploiter leur terre sur Salt Spring. Or, elles occupèront la réserve aujourd'hui connue sous le nom de "Tsawout Indian Reserve", à Fulford Harbour, jusqu'aux années 20, faisant de cet endroit le lieu le plus longtemps habité de l'île.

Pendant le dix-neuvième et vingtième siècle, si la population n'a qu'une faible densité, Salt Spring n'en demeure pas moins un foyer de ressources naturelles substantiel pour les autochtones. C'est pourquoi, grâce à sa biodiversité et ses richesses naturelles, les aînés autochtones l'appellent encore le "breadbasket" (panier à pain) ou "Indian supermarket" (supermarché indien).

Dès les débuts de la colonie de l'île de Vancouver, en 1849, les terres indiennes sont aliénées par les actes de vente, les soi-disant "Douglas Treaties" (traités de Douglas). Cependant, la colonie ne parviendra jamais à quelque accord touchant aux territoires aborigènes de Salt Spring. En 1859, certaines parties de l'île - ainsi que la "Chemainus Valley" (Vallée de Chemainus) sur l'île de Vancouver, seront les premières terres au Canada à être occupées par des non autochtones sans actes de vente. Une brève guerre coloniale met terme à la belligérence contre l'occupation des terres par les non autochtones, mais le legs de ces révendications territoriales non réglées demeure, et Salt Spring fait partie des révendications territoriales des "Hul'qumi'num First Nations" (Premières Nations Hul'qumi'num) en recours collectif des tribus Cowichan et Chemainus.

C'est en 1859 que le gouverneur autorise de nombreux immigrants de Victoria, pauvres et désespérant de trouver un endroit où s'établir, à s'installer sur les terres indigènes. Cerains d'entre aux choisiront Salt Spring, même si l'île est fort à l'écart des centres de la civilisation, même si le terrain est fort accidenté, recouvert de sapins Douglas gigantesques qu'il faudra défricher avant de pouvoir cultiver quoi que ce soit, même si nul accord n'est signé avec les autochtones qui viennent toujours chasser et pêcher sur ces terres qu'ils considérent les leurs.

La moitié de ces premiers colons sont des noirs de San Francisco, parvenus à Victoria en 1858, à la recherche d'un environnement social où ils jouiraient des mêmes droits que quiconque. Parmi les autres, se trouvent des australiens, des américains et des européens venus au Canada pour y chercher de l'or. Les premiers arrivants comptent aussi un certain nombre d'employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, dont certains Hawaïens introduits dans cette région du Pacifique Nord Ouest par la même compagnie. Il y a aussi des pêcheurs et des manoeuvres japonais, et des immigrants mieux nantis venus des îles britanniques. En 1895, la population est déjà diversifiée, comme en témoigne ce compte rendu du pasteur anglican de l'île :

J'estime qu'il doit y avoir quelques 450 âmes dans l'île. Elles représentent un grand nombre de nationalités. On y compte approximativement, jeunes ou vieux, 160 Anglais (ou Canadiens), 50 Écossais, 20 Irlandais, 22 Portugais, 13 Suédois, 4 Allemands, 2 Norvégiens, 34 Americains, 90 Métis, 40 personnes de couleur ou mitigées, 6 habitants des îles Sandwich (Hawaïens), 10 Japonais, 1 Égyptien, 2 Grecs, 1 Patagonien.

Les premiers arrivants auront à surmonter d'énormes difficultés. Presque tout le territoire est recouvert d'une forêt dense. Il n'y a pas de routes, par d'embarcadères, aucun moyen de transport régulier pour gagner ou quitter l'île, aucun magasin, pas de poste, et personne à embaucher ou à qui demander de l'aide. La plupart des pionniers sont pauvres. Ils ont fait le choix de l'île parce qu'ils peuvent y révendiquer de la terre et n'avoir à la payer que bien des années plus tard. Ils n'ont pas d'expérience en matière d'agriculture, n'ont pas d'argent, ni d'équipement pour construire des maisons et établir des fermes à partir de la forêt. Nombre d'entre eux, qui n'ont qu'un peu de nourriture et peu de vêtements, doivent se protéger des couguars, des loups et des ours. Il leur faut également faire face à l'hostilité des autochtones qui ne voient en eux que des intrus.

Or, le climat hospitalier, la terre fertile en certains endroits de l'île, et l'abondance de nourriture de la mer permet aux nouveaux arrivants de survivre, comme le tout l'a permis aux autochtones depuis des siècles. En 1900, Salt Spring, ainsi que d'autres îles de l'archipel, devient célèbre pour l'abondance de ses récoltes de fruits. Bientôt, la laiterie prend de l'importance, et dès l'ouverture de la "Salt Spring Island Creamery", en 1904, son beurre fera l'objet d'une réputation illustre et répandue. L'élevage des volailles et des moutons prend également de l'ampleur, et l'île est toujours réputée pour son agneau (de Salt Spring).

Peu à peu, au fil des ans, les services seront améliorés et la population se développe. Dès les années 30, les vacanciers découvrent l'île. On ouvre des hôtels saisonniers pour les recevoir. Pendant les années 50, les propriétaires de chalets de Vancouver et Victoria se font plus nombreux, et les insulaires commencent à subdiviser les terres pour capitaliser sur la circonstance. Une croissance en flèche déclanche l'essor des services et des infrastructures attirant plus de gens, et ainsi de suite. De nos jours, les domaines principaux de l'emploi touchent le tourisme, la construction, l'immobilier et la vente au détail. En outre, le courriel et les services de messagerie permettent à de nombreux travailleurs autonomes de s'y installer.

Depuis les années 60, artistes et artisans - potiers, peintres, fabricants de vitraux, de paniers, artisans du bois, couturières, fabricants de papier et tant d'autres, affluent vers l'île et s'y établissent. Leurs enseignes ornent le bord des routes. Aujourd'hui, ils attirent nombre de touristes. Certains parmi les plus connus d'entre eux vendent leurs produits à Vancouver, Victoria, ainsi qu'en Amérique du Nord, mais c'est au marché du samedi que la plupart puisent le gros de leurs revenus.

Depuis le tout début, l'ìle est aussi un havre pour les gens qui préfèrent un mode de vie "parallèle", et les gens qui préfèrent un mode de vie parallèle sont en général férocement indépendants, ont des idées bien arrêtées, et sont impétueux. S'ils aiment bien discutailler, ils n'en sont pas moins très tolérants les uns envers les autres, et la société de Salt Spring d'aujourd'hui, quoique bien moins cosmopolite qu'autrefois, est une toile colorée de croyances variées, de niveaux de vie, de professions et d'autres éléments. En outre, la médecine douce et les soins naturels ont aussi pris leur essor dans l'île, et l'on y trouve foule de thérapeutes en psychologie et en massage, et toutes sortes de soignants. À la fin du 20ème siècle, Salt Spring compte environ 10,000 habitants.

Pour de plus amples renseignements, consultez :
"Salt Spring: The Story of an Island" (Salt Spring, l'histoire d'une île) de Charles Kahn (Harbour Publishing, 1998)

"The Terror of the Coast: Land Alienation and Colonial War on Vancouver Island and the Gulf Islands", 1849-1863
(La terreur sur la côte: l'aliénation des terres et la guerre coloniale sur l'île de Vancouver et dans les îles du Golfe) de Chris Arnett, (Talon Books, 1999).

 
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