Transcription de l'Opuscule de l'Institut des Fermiers - 1902

Cet Opuscule est publié sous l'égide de l'Institut des Fermiers des îles de Colombie Britannique ; nous voulons en effet croire que nombreux sont ceux qui, bien que ne jouissant que d'un modeste revenu, associé à l'amour de la vie à la campagne, serait heureux, affranchis des conventions, de créer grâce à leur travail un foyer pour eux-mêmes, de préparer leurs enfants à une vie saine et indépendante, et de satisfaire leur penchant pour la chasse et la pêche, autant de choses que leurs modestes moyens ne leur permettent pas au vieux pays.

  Edward Walter
    Secrétaire de l'Institut des Fermiers des Iles
Août 1902  

Ganges Harbour, B.C


L'île de Saltspring
- l'île de l'Amiral sur les anciennes cartes - dans la Province de Colombie Britannique, dans le Dominion du Canada, se trouve juste au Sud du 49ème parallèle de latitude Nord, abritée des tempêtes du Pacifique par la grande île de Vancouver, protégée à l'Est par les nombreuses îles plus petites qui constellent la surface du Golfe de Géorgie, faisant face à la masse continentale de l'Amérique du Nord, est probablement pour ce qui a trait à son emplacement et à son climat, la plus favorisée de toutes les îles de Colombie Britannique.

Située au centre du triangle formé par les trois principaux ports de la province - Victoria, Vancouver et Nanaimo - elle est directement située sur la route des vapeurs assurant le service entre la capitale de la province Victoria (21 000 habitants) et Nanaimo, la capitale du charbon du Pacifique Nord (6 000 habitants) garantissant à l'île des liaisons quotidiennes avec ces deux endroits. Il y a environ 50 miles par voie de mer entre Victoria et le port de Ganges, et plutôt moins en empruntant la ligne de chemin de fer de la compagnie Victoria et Sidney ; 26 miles de Nanaimo - ces deux derniers endroits étant situés sur l'île de Vancouver - et 30 miles de la ville de Vancouver (26 000 habitants) située sur le continent, le terminus de la ligne de chemin de fer Canadian Pacific.

L'île mesure environ 17 miles de long du Nord au Sud, sa largeur maximale étant de 9 miles, pour une superficie d'à peu près 45 000 arpents, la plus grande partie de laquelle est montagneuse, le point le plus élevé étant à 2 329 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Le climat est doux et très semblable à celui du sud de l'Angleterre. La température en été dépasse rarement 86° F à l'ombre et les nuits sont invariablement fraîches. On peut s'attendre à avoir environ une semaine de temps froid en novembre et en janvier, la température pouvant alors tomber aux alentours de 20° F, ou bien même, une fois tous les dix ans, peut-être, à près de 2 ou 3 degrés au-dessus de 0. La hauteur de pluie moyenne annuelle est de 39 pouces pour 172 jours de pluie. Les chutes de neige sont légères et les orages très rares.

Le Dr. Gerald Baker de Ganges Harbour déclare : “Je considère le climat de l'île de Salt Spring comme étant extrèmement sain. Les enfants profitent bien. Nous sommes tout particulièrement à l'abri des maladies zymotiques.”

Bien que l'île tire son nom des sources salées qui se trouvent à son extrémité Nord, l'eau douce s'y trouve en abondance, les bonnes sources sont très nombreuses et de plus il y a onze lacs.

On compte 100 fermes en activité, pour une population établie de 430 habitants.

Il y a aussi plusieurs pensions et magasins généraux, deux bureaux de poste (“ Ile de Saltspring ” and “Ile de Saltspring Sud”), ainsi que cinq écoles publiques de jour.

Le Rev. E.F. Wilson est le ministre du culte en poste fixe pour l'Eglise d'Angleterre, il exerce dans deux églises. On trouve aussi une église Catholique Romaine et une église Méthodiste.

Un docteur Anglais réside sur l'île, qui plus est, une ligne téléphonique s'étend sur la plus grande partie de l'île et est raccordée à partir de la Baie de Burgoyne à la ligne Victoria-Nanaimo.

Des génerations successives d'Aulnes et d'Erables ont recouvert les vallées et les terres basses de l'île de Salt Spring d'un riche et noir terreau végétal installé sur un substrat argileux, lequel produit, lorsqu'il est mis en culture, d'abondantes récoltes de foin, de grains et de tubercules. Mais, les terres plus élevées et les flancs des collines, que la nature a revetu principalement de sapins argentés, de cèdres et de sapins baumiers, ainsi que d'un sous-bois constitué de salal toujours vert (gaultheriashallon) et de fougères, sont le meilleur emplacement, l'expérience l'a montré, pour les vergers, et là, si l'on choisit soigneusement l'éxposition, pratiquement toutes les espèces de fruits de climat tempéré peuvent être cultivées. Vue de loin, l'île semble être densément boisée jusqu'au sommet des montagnes, mais la forêt s'éclaircit avec l'altitude laissant des espaces pour les herbages et de nombreux buissons à feuillage persistant ou caduc. C'est sur les hauteurs rocheuses et boisées que les moutons engraissent, protégés des prédateurs, abrités de la pluie et du vent par quelque sapin aux branches épaisses, ou bien se chauffant au soleil sur une corniche de roches couvertes de lichen. Ils trouvent là leur nourriture tout au long de l'année mais le berger prudent aura soin de prévoir une boite de sel et un râtelier de foin tendre vers lequel, l'hiver venu, les moutons pourront se rendre lorsque la neige menace de tomber ou bien quand la nourriture se fait rare.

La production laitière, la culture des fruits, l'élevage des moutons pour la viande et les agneaux, ainsi que l'élevage des volailles sont autant d'activités rentables, et les marchés de Victoria et de Nanaimo sont un débouché tout trouvé pour les produits agricoles de premier choix.

Quelques prix de vente de produits agricoles : les pommes se vendent en moyenne 75 cents la caisse de 40 livres, les oeufs de 15 à 50 cents la douzaine, le beurre de 20 à 35 cents la livre, l'agneau (vivant) $ 3,50 la pièce, les volailles (vivantes) $ 6 la douzaine, les volailles à rôtir (vivantes) $ 4 la douzaine, les canards (vivants) $ 6 la douzaine, et les cochons 7 cents par livre sur pied.

Le transport jusqu'à Victoria et Nanaimo $2.50 par tonne, 25 cents pour les colis individuels et les agneaux. (1 cent = 1/2 penny et $ 1 = 4/²)

Prix des provisions : Farine $5 le baril de 200 livres, Sucre 6 cents la livre, Pomme de Terre $1 les 100 livres, Viande 10 à 12 cents la livre.

Le prix des terres varie selon leur qualité, leur emplacement, leur éloignement d'un appontement, etc... Des propriétés de 100 à 160 arpents valent de $ 1 000 à $ 5 000 (£ 200 à £ 1 000) selon les travaux de valorisation qui ont été effectués. Un homme devrait être en mesure de gagner sa vie immédiatement sur une ferme de $ 5 000.

Les ouvriers et les domestiques sont rares et coûtent cher, mais en hiver, on peut avoir des Japs pour 75 cents par jour, et ils se logent par leurs propres moyens.

L'abattage des arbres sur des terres nouvelles coûte de $ 6 à $ 8 l'arpent.Cela se pratique en hiver et on laisse les arbres sécher tout au long de l'été. On les brûle l'automne suivant; une fois les troncs restants coupés, mis en tas et brûlés, la terre est ensemencée en herbe ou bien labourée pour produire une première récolte de pommes de terre.

Un cottage de six pièces vous coûtera à partir de $400 (£80)et une vache $40 (£8).

On trouve de nombreuses espèces de fruits sauvages, les plus recherchés étant les fraises, les mûres et les canneberges.

Les exportations principales à par les produits de l'agriculture sont les poteaux de mine, le bois de chauffage, le charbon de bois et le grès.

Les amoureux de la canne à pêche et du fusil de chasse devraient trouver sur Salt Spring un foyer accueillant, et d'un bout de l'année à l'autre, matière à occuper largement leurs moments de loisir. De mars à octobre, les lacs, où la truite abonde, assure une pratique d'excellent qualité au pêcheur sportif à la mouche, leurs altitudes différentes permettant d'allonger la saison loin dans l'été ; les lacs les plus élevés récompenseront bien souvent une visite alors qu'on fustigerait en vain la surface de ceux se trouvant à un niveau inférieur. Les truites (salmo mykiss) pèsent en général de 3/4 de livres à 11/4 de livres, mais on en a déjà prises de bien plus grosses.

Avec la venue de septembre, le fusil de chasse commence à prendre le pas sur la canne à pêche, et tout au long des mois d'automne et d'hiver, le propriétaire d'un ranch peut approvisionner largement son garde-manger en gibier (cerf à queue noire - cariacus columbianus) lagopède bleu et lagopède des saules, faisan (introduit), bécassine ainsi qu'un assortiment varié de gibier d'eau. Et dans sa tranquille poursuite du gibier, le chasseur découvrira bien des points de vue admirables : sur une colline pourpre ou une mer tranquille, ou bien la lointaine crête déchiquetée de quelque montagne couverte de neige ou quelque pic gigantesque en forme de cône, solitaire et miroitant au-dessus de la brume bleue, s'élevant des nombreux miles de forêt l'en séparant ; ou bien depuis le sommet d'une haute falaise, abaissant son regard par-dessus une mer de sapins, leurs cîmes pareilles à des têtes d'épingle, égayée ici et là par l'éclat d'un érable doré, vers quelque lac tranquille enchâssé dans de vertes prairies, et des vergers rougeoyant, un panache de fumée tourbillonante s'élevant de la ferme cachée dans la verdure.

les Lois de la province sur la chasse sont strictes et la législation tend à préserver le gibier au profit de l'occupant du sol.

Les baies et les criques de la côte permettent de se promener en bateau, et une croisière parmi les nombreuses îles avoisinantes, avec pour but de visiter, pêcher et camper pour la nuit dans quelque anse abritée est une des façons les plus agréables de passer une semaine ou deux pendant les mois d'été. On peut prendre le Saumon (de Juillet à Novembre), la truite de mer (tout au long de l'été), ainsi que la morue de roche et la morue longue (de Mai à Juillet) à l'aide d'une canne munie d'un moulinet et d'une cuiller. Le grand flétan, le cabillaud et le maquereau (c'est le nom qu'on lui donne), peuvent se prendre à l'appât de Janvier à Mai en eau profonde ; pour leur part, les harengs et les éperlans sont très abondants en saison. On trouve des huitres dans certains endroits, quant aux palourdes, il y en a partout le long du rivage.

Les plus aventureux n'ont cependant pas besoin de se limiter à leurs propres eaux, ils peuvent plutôt visiter l'île de Vancouver voisine où le cerf (cervus canadensis) se trouve encore ; ils peuvent aussi à bord d'un sloop ou d'un canot à vapeur explorer les voies d'eau protégées, remontant vers le Nord jusqu'en Alaska même, et visiter les nombreux bras de mer s'ouvrant sur la côte du continent, à la recherche de l'ours et de la chèvre de montagne, ou bien pour prospecter les minerais. Et bien que l'amateur de chasse et de pêche puisse trouver sur l'île de Salt Spring des lieux et des situations propres à charmer tous les amoureux de la nature, il n'a pas besoin pour cela de maintenir sa famille et lui-même à l'écart du confort et des facilités de la civilisation moderne ni non plus des relations avec la bonne société ; ceux qui sont à la recherche d'un foyer apprécieront le fait que cette île ne connait ni les prédateurs, ni les serpents venimeux, ni la malaria, non plus que les moustiques, et ce n'est pas peu dire.

F.M. Phillips.