Ile de Salt Spring

16 Juillet 1860

Chers Amis,

Je reçois votre lettre datée du 1er Mars et je commente son contenu. Je m'attendais à ne plus jamais entendre parler de vous. Je pense que c'est une bien piètre excuse que de prétendre ne pas connaître mon adresse. En glanant le long de votre lettre je note que George a eu un héritier. Je suis heureux car je pensais qu'une malédiction vouait mon nom de famille à disparaître avec cette génération. Je regrette d'apprendre la mort de M.Green. Je suppose que son frère s'occupe de la ferme. Je suis heureux de noter que vos goûts républicains s'émoussent. Cette institution est belle en théorie mais ne passera pas l'épreuve pratique en cet âge dégénéré. Je perds tout intérêt pour le Canada et si ce n'était pour quelques amis que je laisserai là je l'effacerai de ma mémoire pour toujours. Je suis découragé par la conduite de certains de mes amis Canadiens qui ne m'écrivent pas. J'ai envoyé plusieurs lettres et papiers à Legg et à d'autres mais je n'ai eu aucune réponse. J'ai reçu sans encombre une lettre de M. J. Begg Aberdeen Scotland. Il me dit que M. P. Legg s'est marié et que Rachel est sur le point de se marier avec un docteur à Demerara.

Un ami Mc Intyre qui a quitté le Canada avec moi est à environ 200 miles en amont du fleuve et il est en rapport avec une compagnie d''orpaillage qui fait en moyenne 8 dollars quotidiens par homme. Il n'y a pas à redouter qu'un homme aimant travailler ne puisse s'en sortir très bien où qu'il ait envie d'aller dans cette région ou dans ce pays. Mais c'est une malédiction pour cet endroit que cette quantité de personnages venus à la recherche d'un emploi dans le gouvernement qui sont de trop bonne naissance pour manier une bêche et un pic et ne sont d'aucune utilité à une nouvelle colonie. Le résultat est que beaucoup d'entre eux ont été amèrement déçus en venant ici et racontent leurs déconvenues en ce sens. Je rencontre souvent des hommes qui ayant d'excellentes et même d'aristocratiques relations au Canada conduisent une charette, poussent une brouette ou vont chercher du bois à la scierie. Ce pays n'a pas de respect pour les personnes. On est condamnés à travailler ou bien à mourir de faim. Mais une riche récompense attend l'homme qui a la volonté de travailler.

C'est maintenant l'été et le temps qu'il fait est tel que le coeur ne peut rien désirer de mieux. Le climat ici est admirable à l'extrême. L'hiver dure rarement plus d'une quinzaine de jours et le printemps, l'été et l'automne sont superbes. Je ne pourrai vous donner une idée plus approchante que de mentionner que le terrain ressemble beaucoup au meilleur du plus beau de l' Ecosse avec ici une chaîne de montagnes et là une vallée fertile.
Il y a une belle vallée de 200 miles carrés que l'on vient juste de découvrir sur le fleuve Fraser à peu de distance de l'embouchure. Tout va très vite sur le Fraser cette saison. Il a maintenant été prouvé sans l'ombre d'un doute qu'il y a là de l'or en grande quantité. Tous les mineurs s'en sortent bien cette année sur le Fraser. Des pistes sont tracées, des vapeurs sont en construction sur les lacs de l'intérieur et partout des améliorations conséquentes sont menées à bien dans tout l'intérieur. L'agriculture va être ici une activité payante pendant longtemps pour preuve beurre 50 cents la livre oeufs 75 la douzaine oh pour une bonne poule qui glousse avec un nid bien rempli. Vous allez vouloir savoir ce que j'ai fait cet été. Eh bien j'ai clôturé 4 arpents dont la plus grande partie est en culture-principalement des pommes de terre, des choux, des navets.

J'espère vendre les pommes de terre 50 cents la livre et les autres cultures en proportion. Vous pouvez imaginer que je n'ai pas été oisif avec les deux autres hommes que j'ai engagés. Ils (---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------)

J'ai planté 64 pommiers ce printemps et tous se portent bien et de gros bourgeons ont déjà poussé à certains d'entre eux ce printemps. C'est le pays le plus abondant qui soit pour les baies sauvages dans le nord elles sont si belles. J'ai aussi une source minérale salée sur mon terrain d'où cet endroit tire son nom. J'ai appelé mon endroit Balmoral et j'espère en faire un jour une station balnéaire à la mode. Je reviens juste de Queensburgh (sic) autrement appelée New Westminster la capitale de la Colombie Britannique qui se trouve à seulement 15 miles de l'embouchure du fleuve Fraser c'est un endroit très actif. Un an seulement depuis sa fondation et maintenant elle s'est développée au point de laisser voir le tracé des rues principales, des appontements et des quais et les maisons occupent déjà une bonne partie des façades des terrains de la ville. Il y avait onze navires dans le port au moment de mon arrivée en ville.

Il n'y a rien de plus admirable au monde que les paysages et le merveilleux climat d'ici. En marchant un peu en arrière de ma maison on peut voir l'embouchure du fleuve Fraser et son cours jusqu'à la chaîne des Cascades. Cette chaîne se dresse comme d'énormes géants dans le lointain à 8 miles. On les voit couverts de neige toute l'année. Je pense que je serai en mesure de tirer plus de mes 4 arpents cette année que vous ne pourrez tirer de votre ferme avec toutes ses améliorations.

M. Donald McKay est le seul homme au Canada qui ait pris la peine de répondre à mes lettres et la seule personne par conséquent avec qui je corresponde. il m'informe que l'année dernière après que M. Legg soit revenu de Demerara et alors que Rachel était sur le point de se marier et---était en révolte. Horrible à raconter.

Traitement des ouvriers agricoles de 25 à 40 dollars mais sans le logement. un homme et sa femme peuvent facilement toucher 50 dollars. Une femme capable peut gagner en moyenne beaucoup plus qu'un homme dans ce pays. Il faut que je ferme le sac postal car la goélette attend au large face à ma porte d'entrée pour le prendre à son bord.
PS Transmettez mes amitiés à tous nos amis mon bon souvenir à vos amis de Buffalo et présentez leur mes condoléances Joe-quelle tristesse que la perte de beaux enfants comme les leurs. Vous savez que je n'apprécie pas beaucoup les enfants mais j'avais un penchant particulier envers eux car ils étaient si gentils et beaux. J'espère que toute votre famille se porte bien. Jammie doit être un grand garçon maintenant; J' espère être en mesure de vous rendre visite dans cinq ans si je vis aussi longtemps que ça et je m'attends à ce qu'une ligne de chemin de fer soit d'ici là bien avancée pour relier ce côté avec l'Est.

Très sincèrement votre
Jonathan Begg

Lettre originale de la main de Jonathan Begg (pdf)